le 2 novembre 

Le secteur laitier fait face à des défis croissants en raison des actions du gouvernement fédéral

Il n’est pas facile d’évoluer dans le secteur laitier ces jours-ci! Ces deux dernières années, le gouvernement canadien a accordé un accès important au marché laitier intérieur aux partenaires du Canada par le biais de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’UE, de l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et maintenant, de l’Accord États-Unis–Mexique-Canada (AEUMC). Ces accords permettront cet accès par l’attribution de contingents tarifaires (CT).

Avec l’AECG, le gouvernement a choisi de ne pas suivre ce qui aurait pu être une décision raisonnable d’affecter ces CT aux transformateurs laitiers qui comprennent parfaitement le marché canadien des produits laitiers et qui ont l’expérience nécessaire pour importer une grande variété de produits laitiers de manière équilibrée. Pour les transformateurs laitiers, les CT, qui autorisent essentiellement l’importation de produits en franchise de droits, auraient permis de compenser les pertes découlant de l’accord commercial et de récupérer une partie des investissements de 7,5 milliards de dollars réalisés depuis 2008.

À la place, le gouvernement fédéral a choisi d’attribuer moins de la moitié des 17,7 millions de kilogrammes des CT de l’AECG aux transformateurs laitiers. La grande majorité des contingents tarifaires restants sont allés aux détaillants et aux distributeurs. La décision a effectivement pris les bénéfices d’un secteur et les a transférés à d’autres secteurs qui ne sont pas affectés négativement par l’AECG.

Après un an, les quotas de la première année de l’AECG n’ont toujours pas été réalisés et ils risquent de ne pas l’être d’ici la fin de l’année. Plus déconcertant encore est le risque de déstabilisation du marché laitier canadien avec les produits européens, alors que les détaillants et les distributeurs se précipitent pour respecter leurs obligations en matière de quotas.

Comme le gouvernement fédéral en est maintenant témoin, la plupart des importations en provenance d’Europe ont été faciles à gérer, comme le fromage parmesan, le cheddar et le feta, qui ont une longue durée de conservation et ne servent qu’à remplacer des variétés similaires actuelles largement disponibles sur le marché canadien. Les fromagers européens, quant à eux, expriment leur déception devant le fait que leurs fromages à pâte molle, qui ont une durée de conservation plus limitée et exigent plus de soins, ne sont pas disponibles en plus grand nombre pour les consommateurs canadiens. En ce qui concerne les consommateurs canadiens, les avantages promis, que ce soit en prix réduits ou dans la diversité des offres, se sont avérés être des promesses en l’air.

Aujourd’hui, alors que l’AECG célèbre son anniversaire, l’industrie laitière fait face à un nouvel accord commercial, le PTPGP et un scénario de CT identique, sans compter que l’AEUMC suivra sous peu. Il est temps que le gouvernement fédéral trace une nouvelle voie. Le gouvernement canadien doit utiliser les informations obtenues de ses groupes de travail sur l’industrie laitière pour mettre en œuvre des changements bénéfiques.

Il est impératif que les CT liés aux accords commerciaux PTPGP et AEUMC soient attribués à l’industrie de la transformation laitière afin de compenser les pertes subies en raison de l’accès accru accordé au marché laitier canadien. Ils ne doivent pas être attribués à des détaillants et à des distributeurs qui ne subiront pas de pertes en vertu de l’accord et considéreront les CT simplement comme une « occasion » d’augmenter leurs bénéfices sans avoir à faire d’investissements importants.

De plus, le gouvernement fédéral devrait réaffecter les CT présentement détenus par les détaillants et les distributeurs dans le cadre de l’AECG à l’industrie de la transformation laitière qui possède l’expérience nécessaire pour que ces contingents soient pleinement et correctement satisfaits et gérés de manière à protéger l’offre de produits laitiers canadiens et fournir un plus grand éventail de choix aux consommateurs.

Comme le dit avec beaucoup de sagesse le vieil adage : « ceux qui n’ont pas appris des erreurs du passé sont condamnés à les répéter. » Si les expériences troublantes de l’application de l’AECG au cours de sa première année doivent servir de modèle, le gouvernement fédéral ne peut continuer à indemniser des industries non touchées par un accord commercial et à traiter injustement une industrie clé — les transformateurs laitiers canadiens — qui ont contribué à renforcer et à faire croître le marché laitier intérieur du Canada au cours des 10 dernières années.

En termes simples, les transformateurs laitiers canadiens sont des entrepreneurs et leur contribution continue à l’économie est tributaire de quelques conditions essentielles à la croissance : la prévisibilité, la stabilité et un retour sur investissement équitable.

Le gouvernement fédéral prévoit que le PTPGP augmentera les importations de produits laitiers de 13 %, tandis que les possibilités d’exportation n’augmenteront pour leur part que de 0,5 %. Cela entraînera des pertes de 700 millions $ pour les transformateurs laitiers canadiens. Ce tableau risque de s’assombrir encore lorsque nous aurons une meilleure idée des pertes associées à l’AEUMC.

Alors, est-il déraisonnable de s’attendre à ce que le gouvernement fédéral prenne des mesures qui indemniseront un secteur qui a fait des investissements importants et qui ne recherche qu’un retour sur investissement équitable? Nous pensons que non, mais cela ne sera possible qu’avec l’attribution de tous les CT aux transformateurs laitiers.

Le secteur laitier national dans son ensemble — les 24 500 Canadiennes et Canadiens qu’emploient les transformateurs laitiers et les 12 000 fermes laitières qu’ils soutiennent — en bénéficiera, tout comme les consommateurs canadiens.

Vous voulez en apprendre davantage sur le PTPGP et son impact sur l’industrie laitière?

Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP)

Au moment où le gouvernement s’apprête à prendre sa décision sur la compensation ou l’indemnisation découlant du PTPGP, il doit se rappeler que les familles canadiennes du secteur laitier méritent qu’on les défende.